Malacca
- Jeff Nevine
- 23 oct. 2019
- 2 min de lecture
Malacca, c'est un peu une belle endormie. Une petite ville qui capitalise son riche et tourmenté passé, mais qui peine à trouver une identité actuelle.

Pendant des siècles, sa position stratégique dans le détroit portant le même nom a attisé la convoitise des asiatiques comme des européens, qui se sont écharpés tout au long de l'histoire pour son contrôle. Ce qui fut une simple colline à l'embouchure d'une large rivière, plus ancien port de Malaisie, a vu débarquer tour à tour les portugais en 1511, mettant fin au règne des sultans de l'époque, puis les hollandais en 1641, avant de finalement tomber au mains des britanniques en 1824.

Ceux-ci sont décidément des as de la gestion (une allusion au Brexit? Mais pas du tout...) puisque sous leur règne, le reste du monde a finalement décidé que Jakarta était un port qui avait plein de qualités aussi, la première étant de ne pas être sous contrôle britannique... Le port décline jusqu'à l'abandon ou presque, à tel point qu'on donne à la ville le sobriquet peu flatteur de Sleepy Hollow, qu'on peu librement traduire par "bled comateux".


Reste aujourd'hui de ce melting-pot un centre historique classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 2008 - en fait le quartier chinois de la ville - et des ruines éparses du vieux fort entourant la colline où l'on trouve ce qui reste de la plus vieille église catholique d’Extrême-Orient. Le long de la rivière, bars et restaurants s'enchaînent pour donner à la ville un faux air de Venise asiatique, devant Dutch Square, relique de la période hollandaise peinte en ocre criard. Et pour finir de donner à Malacca son côté Disneyland Malais, on ajoute des pousses-pousses pimpés ultra-kitch diffusant de la musique Rock ou Techno des années 90 à plein tube.

Alors oui, c'est sympa, mais comme tout ce qui est un peu lourd, il ne faut pas en abuser si l'on veut éviter l'indigestion. Et puis il y a un je ne sais quoi de mélancolique dans l'ambiance, il me semble. Sans doute ces ruines et ces musées, témoignant de l'acharnement que toutes ces générations de portugais, hollandais et britanniques ont mis pour assoir une vision du monde qui finalement s'est perdue dans le gouffre du temps, et dont les seules preuves de leur existence sont quelques tombes oubliées de tous, sur une colline qui a été le seul témoin immuable de cette vaine agitation. Elle n'a pas fini d'en voir, cette colline...




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