La Caldeira Tengger
- Jeff Nevine
- 30 nov. 2019
- 3 min de lecture
Changement radical d'ambiance, puisque après les plages de sable fin (et de multiples étapes) je me retrouve dans le village de Cemorolawang, au bord de la caldeira Tengger, à 2217 mètres d'altitude. Après tout ce temps au niveau de la mer, j'ai l'impression d'avoir été parachuté au camp de base du K2.
Cette station de montagne de prime abord assez sympathique est envahie par les touristes, qui sont à la merci des agences organisant des tours dans la région, ou (pour les backpackers) rackettés par la maffia des chauffeurs de minibus (seul moyen - apparemment, mais rien n'est sûr - d'atteindre et surtout de quitter le village). A chaque fois que l'on met le nez dehors, on y est constamment sollicité par une horde de conducteurs de motocyclettes qui veulent à tout prix vous emmener voir la star du coin, le volcan Bromo, la seule raison d'être de toute cette frénésie.

La plupart des visiteurs ne dorment même pas sur place - ou alors une nuit maximum - et visitent la région à bord de jeep en véritable opération commando, se retrouvant aux mêmes endroits et au mêmes moments par centaines. Le rituel est immuable: entre deux et trois heures du matin, une caravane interminable de 4x4 traverse le village dans un épais nuage de diesel et se massent pour collecter les touristes. le but est d'arriver au point de vue du mont Pananjakan (2775 m.) à temps pour le lever du soleil sur le volcan.

Ensuite tout le monde remonte dans sa jeep, qui dévale la colline pour se retrouver au pied du volcan. Un véritable parking se crée sur la mer de cendres volcaniques (avec les vendeurs de boissons, nourritures et babioles qui vont avec) puis les plus téméraires font à pied les quelques centaines de mètres qui les séparent du volcan, où une volée de marches a été aménagée pour aller sur le bord du cratère. Ceci dit, la plupart choisissent soit de faire cette distance en motocyclette, voir à cheval, spectacle assez pathétique puisque le propriétaire du canasson marche évidemment à côté pour guider la bête.

Des bouchons se forment sur les escaliers pendant que les pauvres aventuriers du dimanche voient leur vie défiler devant leurs yeux dans la montée des 240 marches. Il faut dire que la plupart sont des citadins locaux dont le plus gros effort consiste à se trainer en tongs sur la distance qui les sépare de leur motocyclette. On se croirait à une convention d'asthmatiques en phase terminale.


Pour échapper à ce cauchemar et profiter en solo du spectacle (tant celui du paysage que du tourisme de masse), on oublie les agences et les véhicules, on peut parfaitement faire cela à pied et sans débourser un centime - à part peut être l'entrée du parc national de Bromo-Tengger-Semeru dont tout ceci fait partie - mais j'ai même réussi à l'éviter, ce qui m'a intégralement remboursé du racket des chauffeurs de minibus.
Début de la marche à 3 heures du matin à la lampe frontale, d'abord sur la route plus ou moins goudronnée, puis une interminable volée de marches jusqu'à un premier point de vue, et pour terminer (si le cœur à tenu) un sentier de cendres volcaniques dans la forêt à flanc de colline, où l'on respire la poussière des marcheurs précédents, car à ce stade d'autres cinglés nous rejoignent dans notre quête.

Après deux heures d'une rude ascension, on peut enfin jouir du paysage à un point de vue légèrement différent de la masse. Alors certes on est loin d'être seul.... Mais on peut attendre que les autres touristes soient remontés dans leurs jeep et là, on a le mont Pananjakan quasiment pour soi - et une horde de singes qui se délectent des restes et des oublis.

Même manœuvre pour traverser la caldeira et aller sur le volcan Bromo. Mis à part pour remonter au village à la fin de la visite, et les marches pour accéder au cratère, c'est on ne peut plus plat, et donc si on a survécu à l'ascension au point de vue, c'est une promenade. Sur la caldeira (cliquez sur le lien pour ceux qui ne savent pas ce qu'est une caldeira), l'ambiance évoque la planète Mars, et marcher seul dans un silence seulement troublé par les rafales de vent soulevant des tourbillons de poussière est un vrai plaisir.

Le résultat de ces différentes épreuves et manœuvres d'esquives touristique se trouve comme d'habitude dans la galerie, et je pense que le jeu en valait la chandelle. Quand à moi, mon visa étant bientôt terminé, il va falloir que je pense à aller voir ailleurs si j'y suis....



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