Kuala Lumpur
- Jeff Nevine
- 19 oct. 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 oct. 2019

En arrivant à Kuala Lumpur, je m'attendais à devoir affronter un monstre démesuré et tentaculaire, étouffant et pollué, une autre version de Bangkok. Par moment elle y ressemble d'ailleurs beaucoup: Passerelles de piétons, trains aériens, et même un monorail s'entrecroisent au-dessus des artères (mais sans jamais occuper toute la largeur d'une rue, comme en Thaïlande), quartiers de Malls ultra-branchés (mais jamais dans la démesure Bangkokienne), bouchons quotidiens à répétitions (mais sans les paralysies infinies et semblant sans espoir de sa consœur).

Surprise! La capitale de la Malaisie est bien plus petite, compte presque six fois moins d'habitants ("seulement" un peu plus d'un million et demi) et de gigantesques espaces verts.... Résultat: une ville bien plus gérable, agréable à vivre, qui semble être épargnée du chaos quotidien de Bangkok. Une ville en perpétuelle transformation, avec des buildings, routes, ponts et autres fariboles qui y poussent ou disparaissent sans répit, au point que mon guide suggère de carrément laisser tomber l'idée de louer une voiture, car même les GPS ne suivent pas la cadence....
Les styles architecturaux s'y télescopent dans un foisonnement jouissif pour l’œil, entre bâtiments coloniaux, tours High-Tech, mosquées, quartier Chinois, Malais, écrans géants, affiches digitales, commerces aux néons criards, et pas bien loin un parc, poumon vert délicatement ouvragé dans la ville, ou immense pan de jungle ayant subsisté on ne sait trop comment.

Le Kuala Lampur Bird Park est au bord d'une de ces zones en dehors du temps, une volière de 21 hectares fermée par un filet tendu au-dessus des arbres. Certains des 2000 oiseaux sont malheureusement en cage, mais beaucoup sont en liberté et il est stupéfiant de pouvoir déambuler librement parmi eux dans cette jungle de cinéma au milieu de la ville, dense et étouffante, balayée par les averses; je n'en attendais pas grand-chose, mais j'ai été émerveillé. Et ce n'est qu'une minuscule portion de ce parc....

A l'autre bout de cette fracture temporelle il y a KLCC, le Kuala Lampur City Centre, et ses buildings se reflétant dans le petit lac d'un autre parc, avec en chef d'orchestre les Petronas Towers, 88 étages, 452 mètres de béton et d'acier, hymne étincelant aux pétros-dollars (le "petro" de Petronas, c'est bien ce que vous avez compris), un rêve de science-fiction devenu réalité.

A sa base, le soufflé magique retombe d'un seul coup en découvrant 1,7 million de mètres carrés de boutiques entre luxe et hyper-luxe, et enchâssé au milieu comme un vilain kyste un Food Court d'enseignes populaires de fast-food locales et étrangères aux prix normaux, pris d'assaut en permanence. Seule une averse d'ampleur biblique m'a fait découvrir ce temple de la consommation élitiste, et du même coup j'ai renoncé à la vue promise depuis ces tours pour découvrir une autre perspective à 276 mètres de hauteur, depuis la 4ème plus grande tour de télécommunication du monde. Ce jour-là, le temps étant encore une fois maussade, je laisse tomber le ticket hors de prix pour la plate-forme extérieure située 30 mètres plus haut, mais la vue est bien assez époustouflante depuis l'intérieur.

Au pied de la tour, située sur une colline, il y a une autre véritable jungle (protégée depuis 1906), le KL Forest Eco Park. On peut paraît-il la sillonner sur des sentiers aménagés, et mon but était effectivement d'arriver à la tour par ce moyen. J'ai donc emprunté l'entrée la plus proche de ma sortie de Monorail (étonnamment déserte) et ai commencé l’ascension. Pas âme qui vive, le chemin dallé est de plus en plus à l'abandon, jonché de feuilles d'un mètre de diamètre; il y a encore par endroit des restes d'installations en ruine, jusqu'au moment ou j'arrive à une série de petits ponts suspendus biens délabrés... Je suis bel et bien dans une jungle, absolument seul dans une moiteur étouffante, la ville a disparu dans le temps et l'espace.

Après 15 ou 20 minutes à crapahuter dans l'enfer vert, j'émerge d'un coup, en nage, sur une plate-forme en béton, au milieu des autobus de touristes, au pied de la tour, face aux guichets et boutiques de souvenir. Derrière moi, un panneau stipule "Passage fermé - Interdit - Danger".

A leur place, je mettrais le même en bas, à l'autre bout du chemin. Juste au cas où....



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