Jakarta
- Jeff Nevine
- 7 nov. 2019
- 3 min de lecture
Le premier contact avec l'Indonésie ne devrait jamais se faire par Jakarta. Jamais. Jakarta est un monstre suffocant dans sa pollution, congestionné par ses véhicules, au bord de la noyade à cause de la montée des eaux, et finalement à l'agonie depuis que le gouvernement, de guerre lasse, à décidé de construire une nouvelle capitale ailleurs en partant de zéro. A la place des habitants je fuirais aussi, laissant cette abomination se désintégrer seule sous le poids de ses propres défauts. Littéralement: Certains quartiers de la ville s'enfoncent de 10 à 15 centimètres par an, suite au pompage frénétique de la nappe phréatique qui laisse une cavité ne supportant pas le poids des immeubles... Entre ça et le réchauffement climatique, plus de la moitié de la ville est déjà au-dessous du niveau de la mer.

Vous voulez des chiffres? 664 kilomètres carrés de superficie, sans compter la banlieue: c'est 15 fois New Delhi, qui a déjà une taille inimaginable. Alors certes, Bangkok est trois fois plus étendue.... Mais pour le même nombre d'habitant (dans les 10 millions, 30 millions avec la métropole)! Ajoutez à ça un système de transport public qui émerge à peine de la préhistoire, avec la tâche impossible de libérer un tant soit peu d'espace dans les rues, prisent d'assaut par une quinzaine de millions de scooters tous les jours, sans parler des voitures, et vous aurez une idée de la sensation d'étouffement qui vous prend à la gorge. A côté, la capitale de la Thaïlande est une station balnéaire.
Et la plupart du temps, pas de feux piétons pour traverser (pas de feux du tout d'ailleurs à de rares exceptions près), et les quelques passages piétons sont royalement ignorés par les conducteurs qui ne doivent même pas connaître leur signification. J'ai d'abord pensé que certaines personnes peu alertes et agiles avaient dû passer leur existence entière du même côté de la rue, sans jamais pouvoir quitter leur pâté de maison, mais en fait pour les moins téméraires il reste possible de traverser un peu plus aisément à partir de 22 heures et les week-end.

Montagnard, oublie ta veste en Gore-Tex de Hipster, ton petit bâton de marche de tapette en fibre de verre, et tes sommets à 8000 mètres avec tes 50'000 dollars de matos, enfile un Jeans et des baskets, et viens mourir comme un homme, un vrai, en traversant une rue à Jakarta, dans une atmosphère non pas raréfiée mais dont l'oxygène a été remplacé par du diesel.

J'exagère? Même le Jakartanais moyen n'a plus envie de sortir. Faire du shopping, aller au cinéma ou au restaurant, c'est prendre un véhicule et se retrouver bloqué pendant des heures sur la route, alors des petits malins ont monté une application - Gojek - et ont tout uberisé. Tu veux aller du point A au point B? Gojek un scooter ou une voiture, plus besoin de se battre avec les chauffeurs sur le prix, tout est dans l'appli. Pas envie de cuisiner? Gojek un scooter, il va te chercher ton plat dans le resto de ton choix. Un courrier à envoyer? Pareil. Des nuées de scootéristes en veste verte Gojek partout, une marée verte qui finalement ne fait qu'empirer le traffic à force de rouler partout en tout sens.
Et la marche? Une pancarte vous préviens à l'hôtel: Look at the scale of the map... Tout est à des années-lumières. Mais comme je suis cinglé et que mon hôtel n'était qu'à deux kilomètres de Merdeka Square, qui renferme un monument important pour la ville, j'ai tenté le coup. Deux kilomètres pour y aller, circonvolutions pour trouver un des deux seuls points d'entrée d'un parc d'un kilomètre de coté, tour du Square, je pousse jusqu'à la cathédrale toute proche - enfin sur la carte... Après une dizaine de kilomètres je rentre lessivé et en crachant du mazout à l'hôtel, où je passe à la ligne suivant l'avertissement sur l'échelle de la carte: Vous voulez le faire quand même? Vous aurez besoin d'une longue douche froide à votre retour.

Le salut est dans la fuite. Tant pis pour une - paraît-il - belle place centrale bordée de bâtiment coloniaux, elle se passera très bien de ma visite comme elle l'a fait depuis l'arrivée de ces satanés Hollandais, je ne tiens plus. Je prend un billet de train pour Yogyakarta en espérant ne pas développer un cancer des poumons avant la fin des huit heures de trajet. Dans le cas contraire, l'incinération devrait bien se passer avec une seule allumette, je suis déjà complètement imbibé de pétrole.



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