Cherating, tourisme fantôme
- Jeff Nevine
- 12 oct. 2019
- 3 min de lecture
Après avoir quitté Perhentian Kecil, petite escale technique à Kuala Terengganu pour finaliser mon site qui part en sucette. Mon guide prétendant qu'il vaut un coup d'œil, je me loge dans le quartier chinois. L'hôtel immaculé dans lequel je m'installe a des dortoirs disposant de lits «capsules», c›est à dire des lits superposés séparés les uns des autres par une paroi, et du couloir par un rideau. A l'intérieur de cette alcôve, un éclairage personnel, une prise électrique et quelques centimètres à coté du matelas, assez pour que j'y dépose mon sac à dos. Ça fait assez «pod de survie» dans un film de Science-Fiction, et il ne faut évidemment pas être claustrophobe, mais moi j'adore, et j'adhère totalement. Le prix est ridicule, l'intimité est bien préservée, il y a du Wi-Fi aussi bien dans le lit que sur un petit balcon, c'est le pied.
Je bosse comme un fou, d'autant que dans le quartier on ne peut pas dire que les distractions sont nombreuses... Je pensais les Chinois encore plus shootés au travail que les Suisses, mais 90 % des commerces sont fermés... Tout le temps. Je suis arrivé un samedi à 17 heures; le lundi, pas plus d'animation... Et personne pour ne m'expliquer clairement pourquoi. Le mystère est total. Quand à la bière, le seul bar du quartier la sert au prix du kilo d'uranium. Bref je ne vais pas rester plus que nécessaire dans cette petite ville trop calme, et après quelques jours, direction Cherating, petit village vanté par mon guide.
Plage de sable blanc, spot de surf en période de mousson (dès fin octobre), bars de plage, vie nocturne animée... Sur le papier ça a l'air bien alléchant, et ça l'a peut-être bien été... Mais quand?

Le chauffeur du bus commence par me laisser à près de quatre kilomètres du bled, que je refais au pas de charge en sens inverse, sans penser que ce n'est peut-être pas une bonne idée en flip-flops... En tout cas la cloque que je me fais me le confirme. Tout ça pour arriver dans un village - quelques maisons et commerces épars - en proie à une torpeur comateuse. Quelques touristes en mal d'occupation traînent le long de la rue principale, dont quelques familles avec des enfants. Pourquoi sont-ils là? La plage est déserte; un bras de mer peu profond, presque marécageux, est venu séparer la bande de sable jaune en deux. Quand au surf, difficile d'imaginer cette mer d'huile faire des vagues adéquates pour pratiquer ce sport. Les bars de plage? Il y en a deux... Jamais ouverts en même temps. Il vaut mieux, d'ailleurs, la clientèle ne peut pas se diviser en unité plus petite que un (ou alors, ça fait mal, et les virgules ont tendance à ne plus consommer du tout). L'animation nocturne? Tellement nocturne que je dormais déjà avant que quoi que ce soit ne commence...
La seule chose qui semble encore fonctionner sont des tours dans la jungle environnante pour voir des lucioles à la tombée de la nuit. Sinon vous avez toujours la possibilité de voir un varan détaler du fossé où il se prélassait à votre passage, ou d'observer les singes vider méthodiquement les containers de poubelles que les habitants ont consciencieusement collectées... Et bien sûr je suis dans un cul-de-sac où aucun bus ne s'arrête jamais; je dois faire sept kilomètres en taxi dans la direction inverse pour trouver le premier terminal.
Pressée elle aussi de décamper, ma cloque guérit en un temps record, et je mets le cap sur la prochaine étape via la ville de Mersing.



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